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Au Mucem, l’humanité condamnée à de réjouissants travaux d’intérêts généraux

Chaque lundi jusqu’en mars, l’auditorium du Mucem accueille le procès du siècle. En décembre, les auditeurs ont pu assister à une plaidoirie hautement symbolique, attaquant l’humanité pour sa surexploitation de l’océan. Les experts ont étudié les pièces à conviction et rendu leur verdict. Retour sur cet événement et aperçu de ce qui vous attend en janvier.
Les protagonistes
Victime : L'océan mondial
Accusé : L'humanité
Les experts : François Sarano, océanographe, plongeur, conseiller scientifique et membre de l'association longitude 181 & Philippe Curry, directeur de recherches à l'IRD et président du conseil scientifique de l'Institut océanographique de Monaco.
La présidente de séance : Anne-Cécile Bras, journaliste environnement pour RFI.
Témoin n°1 : Sabine Millot, restauratrice à Sète
Témoin n°2 : un cachalot
Pièce à conviction n°1 : reconstitution d'un Grand Pingouin (extinction en 1844)
Pièce à conviction n°2 : la biosphère et les nombreuses pressions contemporaines sur les océans
Pièce à conviction n°3 : une dent de mésoplodon, mammifère marin dont nous ignorons tout
Pièce à conviction n°4 : une boîte de maquereau
Pièce à conviction n°5 : un reportage réalisé lors d'une plongée de François Sarano avec les cachalots
Pièce à conviction n°6 : vidéo d'une plongée de François Sarano avec un requin blanc
Pièce à conviction n°7 : quels futurs possibles pour les océans selon les niveaux de protection de la biodiversité marine ?

Les faits

Le saviez-vous ? La méduse est l'espèce qui résiste le mieux au réchauffement climatique. Alors que la surpêche élimine ses prédateurs, celle-ci prolifère dans les océans de la planète. A ce rythme, il ne nous restera bientôt que nos yeux pour pleurer et des méduses à manger. Car à chaque fois que l'homo sapiens décide, en toute connaissance de cause, d'exploiter allégrement les ressources en poisson de la planète, c'est tout un équilibre qu'il bouleverse. Les exemples ne manquent pas. Au Sénégal ou en Mauritanie, la pêche aux gros poissons a ainsi laissé la place à celle de la sardinelle. Ce petit poisson, traditionnellement consommé par les populations locales, est désormais broyé dans de grandes usines pour finir en farine, donnée en pâture aux saumons d'élevage en Norvège. Vous en trouverez au supermarché, pour (seulement) 9,90 € le kilo... Mais alors, comment stopper ce non-sens ? Distributeurs, politiques publiques, consommateurs, il est grand temps de se reconnecter au vivant.

Les mis en cause

Le saviez-vous ? 100 multinationales tirent 60% des revenus produits par l'océan. Sous l'océan, ce qui prime, ce n'est pas la loi de la jungle mais la loi du marché. Tant que les consommateurs voudront du poisson en abondance, les océans seront pillés. Pourtant, les rapports comme ceux du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) ou de l'UICN (L'Union internationale pour la conservation de la nature) ne cessent de tirer la sonnette d'alarme. Pour les experts du Mucem, le constat est sans appel : il faut former, sensibiliser, faire prendre conscience à tous les acteurs que notre relation au vivant doit changer, et que chaque poisson doit être consommé comme une denrée rare.

Le verdict

Le saviez-vous ? Rien n'est perdu pour la biodiversité. Au-delà de savoir qui est coupable et qui ne l'est pas, l'essentiel est de se mobiliser pour sortir de ce développement économique irrationnel et irréaliste. Chaque bonne mesure, comme la création d'une réserve marine, permet de faire renaître la biodiversité. Chaque petite action nous démontre qu'il est possible de renverser la vapeur, car la nature est résiliente. Avec elle, quand on joue, on gagne à tous les coups ! N'est-ce pas excitant ?

Rendez-vous en janvier pour juger le temps !
📅 17/01 : Avons-nous encore la maitrise du temps ? avec Pascal Chabot, philosophe, et Roland Gori, psychanalyste.
📅 24/01 : Sinon il sera trop tard... Avec Emmanuel Guérin, conseiller spécial de la directrice de la négociation de la COP21, aujourd'hui directeur des relations internationales de la fondation European Climate Foundation.
📅 31/01 : Le grand tri : faut-il vraiment sauver tous les animaux ? Avec Bruno David (paléontologue et biologiste) et Jean-Luc Porquet (journaliste)