
Wax Tailor : « Au lieu de m’assagir, je suis de plus en plus en colère »
Tu sors un nouvel album, The shadow oh their sun. Que raconte-t-il ?
Quand je commence à vraiment conceptualiser un disque, j'ai toujours un titre en tête. Celui-ci, The Shadow on their suns, donc en français « L'ombre de leurs soleils », c'est évidemment un titre à porte d'entrée allégorique. La lecture que j'en ai, elle vient du mouvement post subprime aux États-Unis, celui des 99%, de cette masse de gens qui vivent dans l'ombre de soleils artificiels. Il y a une grande masse populaire qui est complètement marginalisée aujourd'hui, par rapport à une petite minorité qui est dans la lumière, dans un entre-soi. A l'échelle de la musique, en tant qu'artiste indépendant, j'ai l'impression d'être dans l'ombre d'un soleil médiatique. Je ne suis pas en train de te dire « putain je suis jamais invité chez Cyril Hanouna », mais les artistes alternatifs, qui ont pourtant un public, n'ont pas droit de cité. Et le premier qui débarque avec sa guitare sèche et un son tout pété en français, parce qu'il est chez Universal il va avoir tous les réseaux, il va faire tous les plateaux télé. Pendant que certains de ces artistes sont surexposés, toi tu cravaches. Et pendant ce temps-là, tu n'es pas en studio, tu es juste en train de vider la mer à la petite cuillère.

Il y a pas mal de collaborations sur cet album. Tu écris les morceaux spécifiquement pour ces artistes, ou ça se fait plutôt en fonction des opportunités ?
Mon plus gros souci, c'est que je suis absolument incapable d'aller vers quelqu'un en disant « Salut, j'aimerais bien travailler avec toi ». Donc j'ai toujours une idée de départ, et je discute avec les artistes pour essayer de leur expliquer ce que je veux. C'est assez compliqué, parce que tu demandes à quelqu'un de rentrer dans ta tête. C'est un échange, bien sûr, mais j'essaye de donner une direction. Ensuite, l'artiste s'accapare le morceau, il te surprend, il propose des trucs cool auxquels tu n'avais pas pensé. C'est vraiment un titre, un artiste, une idée. Après, on va pas faire de langue de bois, il y a aussi le problème de tous les artistes qui sont entourés par ce cancer de la musique qu'on appelle des managers. Donc il y a des choses que tu n'arrives pas à faire. Mais j'ai tendance à me dire que si ça ne se fait pas, c'est pour de bonnes raisons. Et sur cet album, j'ai globalement réussi à avoir les artistes que j'avais en tête.
