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Tsew The Kid : mi-ange mi-démon

C’est l’histoire d’un début de carrière fulgurant. Du haut de ses 23 ans, Tsew the Kid n’aura mis que quelques mois pour s’extraire de l’anonymat et devenir une figure majeure de la musique urbaine. Un succès express que le jeune franco-malgache lui-même n’avait pas vu venir. Alors qu’il était de passage à Marseille pour le festival Avec le Temps, nous avons pu discuter avec lui.

Tu t’es révélé aux yeux du grand public il y a un peu plus d’un an. Comment ta vie a-t-elle changé depuis ?

Forcément, la notoriété a un peu chamboulé ma vie de tous les jours. Dans la rue, on commence à me reconnaître et je me dois de rendre l’affection qui m’est manifestée. Heureusement, les gens sont respectueux et c’est agréable de parler avec les personnes que je rencontre. Je ne le vis pas comme une contrainte, au contraire je trouve ça stimulant. Là où les choses ont également changé pour moi, c'est au niveau de la fréquence de mes prises de parole dans les médias, de mes choix promotionnels ou des événements dans lesquels j’accepte de me rendre. À mes yeux, la musique a toujours été une responsabilité. Donc plus l'audience grandit, plus la responsabilité s'accentue.

Tu faisais quoi avant ?

J'étais en licence d'économie et de gestion, mais j’ai très vite voulu me focaliser sur la musique. Je n’étais pas hyper emballé par mes études et la perspective de travailler en étant coincé derrière un bureau m’effrayait un peu. Ça m’a poussé à tout donner pour réussir dans la musique.

Pourquoi avoir choisi un nom de scène et que signifie-t-il ?

Je voulais conserver une certaine intimité. Avoir un nom de scène, c’est une façon de mettre une barrière entre ma vie privée et ma vie d'artiste que je choisis d'exposer. Lorsqu’il a fallu que j’en choisisse un, je voulais avant tout qu’il fasse référence à la musique que je crée. « Tsew » est un mot malgache qui, pour être exacte, s’écrit « Tsoa ». C'est un préfixe qu'on met dans les noms de mon pays d'origine et qui a une connotation positive. À Madagascar, mon prénom signifie « étoile ». S’il est précédé de la particule « Tsew », alors il signifie « bonne étoile ». J’ai également voulu faire un clin d’œil à mon visage d’enfant – qui ne me quittera jamais, peu importe mon âge – d’où la présence de « The Kid ». J’aime aussi beaucoup Billy The Kid, ce personnage qui vient du Far West et qui est à la fois turbulent et impulsif. Ce sont des traits de caractère dans lesquels je m’identifie. Je trouvais cet hommage intéressant car Billy incarne le mal, tandis que le mot « Tsew » fait référence au bien.

Tu as récemment fêté tes 23 ans. Tu pensais avoir tant de succès à cet âge-là ?

Pas du tout ! (Rires) De nos jours, je trouve qu’Instagram est un bon baromètre. Au tout début de l’année 2019, j'avais 15.000 abonnés sur mon compte. Je m'étais fixé comme objectif de dépasser le cap des 50.000. Eh bien, à l’heure où on se parle, j’en ai plus de 250.000 ! On peut donc dire que j’ai cherché le succès, mais je ne m’attendais pas vraiment à ce qu’il arrive de cette manière.

Est-ce qu'on retrouve dans ton album « Diavolana » les influences de ton pays ?

Bien sûr ! Le nom de l’album en lui-même renvoie à mes origines car « diavolana » signifie « rayon de lune » en français. J'ai aussi voulu exprimer mon attachement à l’île de Madagascar dans plusieurs chansons. Dans mon titre Foutu, par exemple, je parle de mes parents qui sont des immigrés. J'aime beaucoup mon pays et je serais content que ma musique puisse inspirer les personnes qui m'écoutent parce que, là-bas, il y a beaucoup de gens qui ont du talent mais qui hésitent à se lancer. C'est un moyen de les atteindre que d'utiliser des mots en malgache.

« La mélancolie permet au passé de rester vivant »

Tous tes textes sont empreints d’une forme de mélancolie. D'où vient-elle ?

Des expériences que j’ai vécues. La mélancolie est un sentiment puissant qui permet au passé de rester vivant. Je prends toutes les choses qui m’arrivent de manière intense et, malheureusement, c'est souvent une approche qui débouche sur de la déception. L’amour est un bon exemple : quand j’aime quelqu’un, je m’investis beaucoup. Et quand cet amour fini par disparaître, la tristesse que cela provoque chez moi est décuplée. Mais finalement, c’est cette mélancolie qui me permet d'écrire et de mettre des mots sur mes émotions et de partager mon vécu. La chanson devient ainsi un exutoire.

Dans ton tout premier EP, il y a des chansons dans lesquelles tu chantes un peu en espagnol et un peu en malgache. Tu serais tenté de faire une chanson uniquement dans une langue étrangère ?

À vrai dire, il y a même eu une époque où j’utilisais mon maigre bagage scolaire pour chanter en anglais ! (Rires) Mais aujourd’hui, ça ne m’intéresse plus parce que j’ai fini par avoir une bonne maîtrise du français. C’est une langue d’une richesse incroyable grâce à laquelle je peux exprimer tout ce dont j’ai envie de parler. Quand on est chanteur, c’est un luxe ! Je ne me vois donc pas du tout écrire des chansons dans une autre langue. Il est vrai que, dans certains de mes textes, il y a des passages en malgache ou en espagnol, mais ce ne sont jamais que quelques mots, je ne m’en sers jamais pour faire de longues phrases ou des refrains entiers.

Tu as un style qui t'es propre, non pas uniquement dans ta musique, mais aussi dans ton attitude et ton style vestimentaire. C’est indispensable pour un artiste d’aujourd’hui de travailler une singularité autour de son apparence ?

Pour être honnête, je me suis longtemps posé la question sans l’avoir réellement tranchée… À vrai dire, je ne me suis jamais trop pris la tête par rapport aux vêtements, mais dès lors que tu commences à avoir de la notoriété, tu veux maîtriser l’image que tu véhicules. Et l’apparence fait partie intégrante de ça. Sur la pochette de mon album, par exemple, mon t-shirt arbore une rose au niveau du cœur. C’était un moyen pour moi de filer la métaphore en disant que, à l’instar d’une rose, il faut savoir prendre soin de son cœur, qu’il faut l’arroser régulièrement avec amour et l’entretenir au quotidien. Aujourd’hui, je prête donc plus attention à ce genre de détails, sans en faire non plus quelque chose d’essentiel : du moment que mon look reste atypique et qu’il est cohérent avec ma musique, ça me va très bien !

Comment tu envisages l’avenir désormais ?

J’ai du mal à me projeter parce que l’avenir me fait peur. J'espère juste que plus tard, je conserverai une bonne hygiène de vie et que j’aurai toujours de l’inspiration pour faire de la musique. Et qui sait, j’aimerais bien avoir une expérience inédite comme devenir jury dans l’émission The Voice ! (Rires)

« C'est un travail acharné qui m'a amené là où je suis actuellement »

Tu considères que tu as de la chance ? 

Il y a toujours une part de chance quand tu réussis dans la musique. Mais je ne réduirais pas tout ce qui m’arrive à la chance, c'est un travail acharné qui m'a amené là où je suis actuellement. Ma force, c’est que je ne crée pas pour créer : je fais de la musique en ayant conscience du monde dans lequel j’évolue et des tendances qui le traversent. C’est en réfléchissant à tous ces paramètres que j’ai réussi à faire entendre ma voix. Et ça, ça n’est pas le fruit du hasard !

Photos : Lucas Posson et Camille Pioffret

Portrait chinois
Si tu étais un vêtement ?
Des Chelsea Boots. Les bottes en cuir, c'est la classe.
Si tu étais une station de métro ?
Pigalle. Je traîne souvent dans ce quartier avec mes grands cousins.
Si tu étais un poète ?
Mon grand-père. C'était un écrivain engagé pour Madagascar.
Si tu étais un animal imaginaire ?
Une créature qui pourrait voler et voir dans le noir.  
Si tu étais l'un des cinq sens ?
Je serais plutôt un sixième sens avec une dimension spirituelle.











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